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Evangile de l'enfance de Jésus

Evangile de l'enfance de Jésus

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    Les évangiles de Matthieu, Luc, Marc et Jean, dont le texte a été fixé dès la fin du Ier siècle, accordent très peu de place à l’enfance du Christ, comme si les évangélistes, et après eux les pères du concile de Laodicée, en 360, qui a fixé le " canon " (la liste) des livres saints, étaient gênés que Dieu ait pu pousser son désir d’humanité jusqu’à se faire non pas homme seulement, mais petit enfant. De la même façon les évangélistes ne mentionnent qu’à peine l’histoire de Marie avant la naissance de Jésus : femme, trop femme.

    A l’inverse les auteurs, aux premiers siècles chrétiens, des évangiles apocryphes - ce qui signifie simplement " écrits cachés ", on y a ajouté le mot évangile pour leur donner plus de poids -, auxquels notre époque accorde tant d’attention parfois grave (ces écrits occupent deux forts volumes de la Pléïade, parus en 1997 et 2005), parfois légère (que l’on songe au hourvari qui a accompagné la prétendue découverte, l’an dernier, de l’ " Evangile de Judas ") ont comblé ce vide pour répondre à l’attente de fidèles déconcertés par l’excessive sobriété des évangiles canoniques. Transmis par voie orale, d’abord, à l’intérieur des premières communautés chrétiennes, par des manuscrits rédigés dans les différentes langues de la chrétienté (grec, syriaque, arabe, latin, géorgien etc.), puis, à partir du XVIe siècle, par des éditions imprimées dues à de savants humanistes, ils n’ont cessé d’alimenter le " mythe chrétien " de l’Occident, aussi bien dans sa littérature que dans son art.

    Sans eux nous n’aurions ni récits ni images de l’enfance de Marie, de la vie de Joachim et Anne, ses parents, de la présentation au temple, ou des détails de la nativité (le boeuf et l’âne, la couronne des mages, etc.) pour ne parler que de ce que nous connaissons tous. Ce sont donc des textes essentiels, " basiques ", pour comprendre notre héritage culturel.

    On propose ici les deux apocryphes les plus importants ayant trait à l’histoire de Marie et de Jésus enfant : le " Protévangile de Jacques " (littéralement l’ " avant-évangile "), connu sous ce titre depuis le milieu du XVIe siècle, et l’ " Evangile de l’enfance selon Thomas ", ainsi nommé par son éditeur Fabricius en 1703, qui remonte au IIIe siècle. Jésus y apparaît comme un magicien violent, un Dieu capricieux voire cruel, bref, à nos yeux, une sorte de Harry Potter, un héros de roman. Le mot de roman n’est pas ici jeté au hasard. Les évangiles de l’enfance, par leur accumulation de scènes brèves et tapageuses, sortes de gags qui doivent sans cesse épater le lecteur, lui faire faire oh et ah ! pour maintenir son attention, participent tout autant, et même plus, que les nobles fictions alexandrine ou romaine, à la naissance du roman moderne.

    Source : Editions Payot/Rivages
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